Lisons Lison: La Parisienne, fin du mythe?

 

J’ai toujours eu un amour inconditionnel pour Paris, depuis ma plus tendre enfance, je ne jure que par cette ville lumiére dont l’évocation même fait naître dans mes yeux quelques milliers d’étoiles. J’ai grandi en gardant cet espoir d’un jour devenir parisienne : La Parisienne. Cette femme iconique, d’une élégance et d’un charme inégalables, paradoxe vivant au petit « je ne sais quoi » que les femmes du monde entier lui envient. Cette femme que je prenais comme modèle, au fond, nous la connaissons tous ; mais en même temps, personne ne la connaît réellement. Car ce que j’ai compris un jour, c’est que La Parisienne n’existe pas.

Assise à la terrasse d’un café, béret nonchalamment posé sur la tête, cigarette à la bouche, dont les lèvres rouges carmin ont taché la tasse qu’elle tient à la main prête à la déposer près d’un livre signé Françoise Sagan. Le tableau est parfait, c’est elle cette parisienne mythique dont tout le monde connaît l’existence. Cette vision, presque caricaturale, est soudain effacée par une autre plus brève, celle d’une seconde femme, arpentant les rues pavées de sa ville, vêtue d’un élégant trench beige, chaussée de ballerines sobres. Cette fois-ci c’est sûr, c’est bien elle, La Parisienne.
Au final, cette scène pourrait se répéter des centaines de fois sous le regard troublé du spectateur ; c’est d’ailleurs ce qu’il arrive chaque minute, chaque heure, chaque jour, dans les rues de la capitale. Des parisiennes, pouvant rentrer dans les critères les plus ancrés dans l’imaginaire collectif, se croisent dans les rues de Paris ; mais alors comment expliquer que La Parisienne n’existe pas puisque l’on croit la reconnaître aussi aisément ?

Des dizaines d’auteurs, parisiens ou non, tous intrigués par cette figure, ont tenté de l’analyser, la décrivant sous toutes les coutures, de son style à ses habitudes; consolidant le mythe, perfectionnant le cliché ; donnant les conseils les plus précis pour devenir nous même cette femme chimérique, lui attribuant des caractéristiques propres à une multitude de parisiennes. Et c’est justement sur ce point que l’on comprend que La Parisienne n’existe pas, du moins pas en tant que telle, elle est plurielle, inspirée de toutes ces femmes, qui vivent à Paris et participent à sa renommée.
La preuve en est, lorsque l’on se penche sur la question, les médias ont toujours su trouver La Parisienne pour chaque époque : de Coco Chanel à Ines de la Fressange jusqu’à Jeanne Damas aujourd’hui ; elles sont toutes différentes, mais représentent le Paris de leur temps, par leur façon d’y vivre, d’y travailler, de s’y divertir ou de s’y vêtir.
Plus que l’allégorie de La Parisienne,elles représentent chacune leur génération, avec son histoire, et ses paradoxes, modernisant les codes et valeurs acquis de leurs aînées. D’ailleurs si l’image de La Parisienne reste un mythe intemporel, c’est justement car elle sait évoluer avec son temps, elle empreint son ADN de tous les codes acquis par ses différentes allégories tout en les modernisant ; lie les siècles de mode qu’elle a parcouru, gardant les tendances ou bien les habitudes phares.
On octroie à La Parisienne un amour inconditionnel pour le vintage, une certaine nostalgie du passé ancrée dans son style et ses habitudes, c’est justement car ces codes aujourd’hui « vintages » restent les siens.

En analysant le style de Jeanne Damas, La Parisienne du moment selon les médias, on en retrouve les codes : un style vintage, les lèvres rouges, le lifestyle parisien par excellence. D’ailleurs à en regarder son compte Instagram, elle assume son admiration pour ses aînées, qui semblent être ses modèles à l’instar de Charlotte Rempling ou Jane Birkin, elle s’inspire de leur allure pour forger la sienne, devenant le parfait mélange de La Parisienne 70′ et de la milléniale. Le personnage parfait pour illustrer nos envies : jeune, stylée, parisienne . Elle est on ne peut plus actuelle, prenant en compte le caractère nostalgique de notre société.
Il y a environs 3 ans, n’oublions pas que, pour représenter La Parisienne, elles étaient deux : d’un côté la parisienne élégante Ines de la Fressange et de l’autre la très Rock’n Roll Caroline de Maigret, qui formaient à elles deux, deux traits de caractère opposés que l’on accorde toujours aujourd’hui à La Parisienne. A l’instar des tendances, le visage du mythe ne cesse de changer, gagnant toujours plus de caractéristiques le rendant unique et iconique mais également de plus en plus paradoxal et versatile jusqu’à lui rendre son caractère irréel. De plus, face à ce défilé de new faces, nous ne pouvons que nous demander que deviennent ces parisiennes déchues, glorifiées puis oubliées par les médias ; Ines, Caroline, et un jour Jeanne ?
Et bien elles restent elles même, en n’en deviennent pas moins parisiennes pour autant. Car La Parisienne est belle et bien un mirage, que même ses représentantes ne peuvent retenir, un paradoxe basé sur la réalité, médiatisé, consommé, jusqu’à disparaître, remplacé par une nouveau visage, plus actuel.

Alors que Les Parisiennes, avec leurs façons d’être, leurs façons de vivre, de se vêtir, de penser, de s’exprimer, de se cultiver, d’aimer,…. Elles, sont bien réelles.
De toutes les parisiennes que j’ai pu rencontrer, admirer, côtoyer et qui ont été pour moi des modèles pendant longtemps; aucune ne se ressemble vraiment. Mais elles ont toutes en elles ce point commun d’aimer leur ville et ce qu’elle a à leur offrir : sa culture, sa gastronomie, son histoire,… Ce qui fait de toutes ces femmes des parisiennes, c’est que chacune représente à sa façon Paris, leur Paris, cette Paris Plurielle où chacun peut se sentir chez lui, cette Paris que j’aime tant.

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